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août 18, 2016
A quoi servent réellement tous les boutons sur un volant de F1 ?

Chaque semaine, notre série « Sous le capot » se penche de plus près sur les détails complexes de l’ingénierie de la Formule 1. Vous vous êtes déjà demandé à quoi servent les millions de dollars investis par les écuries ? Vous être au bon endroit dans ce cas !

Cette semaine, notre expert en Formule 1, Kenny Campbell, nous détaille toutes les composantes du volant le plus cool (et sans doute le plus compliqué) jamais vu.

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La Formule 1 est un sport très technique mais, même de par ses dimensions incroyables, les volants des monoplaces sont particulièrement complexes.

Fabriqué en fibres de carbone ou même imprimé en 3D pour ceux de la Force India, chacun dispose de plus de 20 boutons, molettes et leviers, dont certains ont de multiples fonctions.

Coûtant plus de 55.000 euros l’unité, chaque volant ne comporte pas seulement une multitude de boutons et de câblage associé. Il dispose également d’un mécanisme de dégagement rapide pour la sécurité du conducteur.

Comme si cela ne suffisait pas, les pilotes ont des volants personnalisés - ainsi, par exemple, celui de Lewis Hamilton sera différent de celui de son coéquipier Nico Rosberg.

Pour la plupart d'entre nous, un simple regard à cet élément suffit pour nous rendre perplexes et, pour être honnête, même les pilotes luttent avec tous ces boutons.

Au Grand Prix d'Espagne cette saison, Rosberg a oublié de régler un seul de ces boutons - celui responsable de la stratégie de l'unité de puissance -, et qui a conduit à l’incident que l’on connaît.

Alors qu’il essayait de repousser Hamilton, les deux Mercedes ont fini dehors au virage suivant … et tout cela à cause d’un commutateur dans la mauvaise position.

Alors, combien de boutons Rosberg a-t-il à manipuler ? Lisez la suite, nous vous y expliquons à quoi servent réellement tous ces interrupteurs sur son volant 2016…

1 - Dépassement

En haut à gauche du volant se trouve un bouton orange marqué «OT». Appuyez dessus et votre moteur vous disposera temporairement d’un supplément de puissance, pour vous aider à dépasser ou à défendre votre position. Le pourcentage de suralimentation dépend du mode appliqué à ce moment-là à la voiture. Mais, soyez prudent. Si vous utilisez trop ce bouton à un moment, vous disposerez de moins de suralimentation plus tard.

2 et 3 - Balance des freins

Les deux boutons rouges ‘BB’ ajustent l’équilibre des freins - entre les roues avant et les roues arrière, afin de réduire les blocages de roues et faciliter la manoeuvre. Le bouton gauche 'BB-’ réduit la balance avant-arrière, alors que le «BB +» l’augmente. Ces boutons peuvent être utilisés pour modifier les caractéristiques de freinage d'une voiture d'un virage à l'autre, si besoin est.

4 - Le mode neutre

Le bouton vert 'N’ est utilisé pour mettre le moteur au point mort - les F1 ont des boîtes de vitesse semi-automatique. En appuyant longuement ou deux fois, vous pouvez annuler cette commande. Voilà pourquoi relancer la machine après le mode neutre peut prendre autant de temps (tout est relatif) sur une monoplace.

5 – La radio

Le bouton blanc « Radio » permet aux pilotes de communiquer avec leur muret des stands (ou non, si vous vous prénommez Kimi Räikkönen).

6 – DRS

Celui-ci active le « Système de réduction de la traînée », en agissant sur l’aileron arrière pour réduire les appuis et ainsi augmenter la vitesse. En course, il ne peut être utilisé que lorsque la voiture qui vous précède est à moins d’une seconde et si vous vous trouvez dans la zone de DRS.

7, 8, 9 et 10 – Les molettes d’affinage du différentiel

Ces quatre molettes permettent à Rosberg d’affiner le différentiel de sa voiture, bien que les changements qu'il peut faire sur la piste sont limités par le règlement. Le différentiel lui-même permet aux roues arrière de tourner à des vitesses légèrement différentes.

Pourquoi ? Dans un virage, la roue extérieure doit parcourir plus de distance que la roue intérieure dans le même laps de temps - elle doit donc tourner un peu plus vite, pour éviter d'endommager les pneus et compromettre la manipulation.

Les pilotes peuvent utiliser ces molettes pour affiner la façon dont le différentiel se comporte à différents endroits, par exemple à l'entrée et à la sortie d'un virage, à mi-courbe quand la voiture accélère et exige que les deux roues tournent à peu près à la même vitesse, ou dans des virages à haute vitesse.

11 - BMIG

Parfois appelé le bouton «brake magic», il aide Rosberg à contrôler la façon dont l'énergie est récoltée lors du freinage, afin de minimiser les effets néfastes sur la manoeuvre. Les monoplaces génèrent beaucoup de puissance en récoltant une partie de l'énergie qui serait autrement perdue lorsque la voiture freine (votre Toyota Prius fait la même chose, bien que la technologie ne soit pas aussi avancé), mais ce processus peut affecter sensiblement la façon dont la voiture se comporte. Donc le moindre contrôle sur cela est apprécié par les pilotes.

12 – EB

Cette autre molette permet d'affiner au freinage les systèmes de récupération d'énergie qui, dans une monoplace moderne, sont une combinaison de l'ancienne freinage mécanique et des systèmes de récupération d'énergie cinétique (appelé MGU-K).

13 et 14: +10 et +1

Ces boutons permettent au pilote de faire défiler les pages du menu à l'écran l’une après l’autre, ou en sautant dix pages d’un coup. Oui, vous avez bien lu; cela vous donne une idée de la quantité d'informations que les pilotes de F1 ont à portée de main - et doivent traiter tout en conduisant jusqu'à 320 km/h. Quelles informations ces nombreuses pages contiennent ? Vous le saurez en lisant la suite.

15 - DEF

Faisant partie du menu du système de navigation, ce bouton est censé être utilisé pour basculer le réglage choisi d’un mode à l’autre, par exemple pour définir le mode des capteurs de commutation.

16 - Limiteur

Ceci active un limiteur de vitesse afin que la voiture respecte les limitations de vitesse dans la voie des stands (habituellement 80km/h mais parfois moins). Un excès de vitesse entraîne une pénalité de temps ou un drive-through durant la course pour le pilote. En essais libres, l’écurie est condamnée à une amende de 100 euros pour chaque kilomètre heure au-dessus de la limite, avec une amende maximale de 1000 euros.

17 - Mark

Ce bouton jaune permet au pilote de mettre en évidence une partie de sa télémétrie en y plaçant un marqueur pour, par exemple, en discuter ensuite avec un ingénieur.

18 - PC / R

Quand un conducteur doit confirmer un message ou une demande de son stand, mais ne veut pas ou n’a pas besoin de le dire oralement, ce petit bouton vert est là pour ça.

19: Strat

Voici le responsable des ennuis de Rosberg en Espagne. Il définit les paramètres de base pour la performance, y compris le débit de carburant et l’utilisation de l’ERS (Energy Recovery System). Ainsi, par exemple, lors du premier tour d'un Grand Prix, Rosberg utiliserait le Strat (ou mode de stratégie) 3, qui récupère moins d'énergie et permet un meilleur gain via l’ERS, avant de passer à un autre mode pour économiser le carburant.

En Espagne, au lieu d’enclencher le mode 3, il a laissé actif le mode Strat destiné au tour de formation - un mode conçu pour limiter la puissance de sortie et de maximiser la quantité d'énergie récoltée pour aider la voiture à prendre un bon départ. Pour compliquer encore les choses, il y a un bouton caché, derrière le volant de Rosberg, qui enclenche le mode de lancement.

Celui-ci l'emporte sur tous les autres paramètres définis sur le volant, ce qui explique pourquoi Rosberg a mis plusieurs secondes après le départ avant de se rendre compte qu’il n’était pas dans le bon mode de stratégie, lorsque ce mode de départ a été désactivé.

20 – La molette centrale de menu

Cette molette multi-fonction permet au pilote de contrôler un nombre impressionnant – et potentiellement accablant - de paramètres, de capteurs et d’informations. Elle l’aide à sélectionner le point d’accrochage d'embrayage – un choix crucial si vous souhaitez prendre un bon départ. Elle permet également au pilote « d’informer » la voiture du type de pneus qu'il utilise - par exemple, les pneus pluie et intermédiaires ont un diamètre plus grand que les slicks, et cela affecte la précision des mesures clés.

Elle permet au conducteur de visualiser des informations provenant d'une vaste gamme de capteurs, et de les réinitialiser si nécessaire. Elle peut également être en mesure de modifier les commandes de couple et de nombreuses autres variables, en fonction de ses préférences (et ce que les règles permettent). Et, bien sûr, elle exécute toutes ces manœuvres alors que la monoplace est à grande vitesse.

21 - La molette HPP

Ce bouton rotatif contrôle les paramètres du moteur. Avec cette commande, le pilote peut contrôler le mélange de carburant, passant d'un mélange légèrement riche s'il veut plus de puissance à un mélange plus maigre s'il a besoin d’économiser du carburant. Il peut modifier les instants d'allumage, modifier les paramètres de gestion de l'énergie de la voiture, changer les paramètres du MGU-K … ce cadran lui permet de personnaliser le cœur de sa voiture. Comme si cela ne suffit pas, Rosberg utilise également ce cadran pour communiquer tous les ajustements dont il a besoin aux stands.

22 – Et il y en a encore

Derrière le volant se trouvent encore des boutons – le bouton du mode de démarrage de Rosberg a déjà été mentionné, et Lewis Hamilton a un bouton de dépassement à l’arrière de son volant. Vous verrez souvent un bouton avec un ’D’ à cet endroit – les F1 embarquent 1,5l d’eau pour compenser la transpiration et ce bouton active une petite pompe, pour désaltérer le pilote. Certains pilotes – à l’image de Rosberg, par exemple - ont également des autocollants sur leur volant pour leur rappeler les procédures ou les paramètres clés.

23: Et la lumière fut

Au-dessus de l'écran principal se trouve une bande de diodes lumineuses vertes et rouges pour indiquer le meilleur moment pour changer de vitesse. Il y a aussi des lumières sur le côté, pour confirmer lorsqu’un mode particulier est engagé. Et il y a des lumières blanches et jaunes, qui avertissent le conducteur de dangers sur la piste, en complément des drapeaux agités par les commissaires de piste. Enfin, derrière le volant, on trouve une palette d'embrayage.

24 - Le grand écran

L'écran couleur LCD situé au milieu du volant doit être suffisamment lumineux pour être vu en plein soleil, dans un environnement à fortes vibrations, sans que le pilote n’ait besoin d’y jeter plus qu’un coup d’oeil. Il peut afficher plus de 100 pages d'informations - une partie des multiples paramètres sont classés en 16 sous-catégories - et il doit être léger. Lewis Hamilton a ainsi aidé Mercedes à remodeler son volant afin qu’il gagne 250g sur la balance.

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C’est bon, vous savez tout. Mais, rappelez-vous, chaque pilote dispose d'un volant différent (il vous suffit de comparer la photo en haut de cet article à celle légendée), et que d’une saison à l’autre, il peut être modifié.

Alors, la prochaine fois que vous lutterez pour mettre la radio dans votre voiture en utilisant les commandes de volume sur votre volant, rappelez-vous de la complexité de ceux utilisés en F1.

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